De l’observation…
De l’observation d’une situation politique à l’action : la position d’une association d’amitié avec le Kazakhstan, par Roland Vorobieff, Maître de Conférences honoraire à l’université Nancy 2, Président des Echanges Lorraine Kazakhstan
ll y a tout juste un an, je rentrais d’un séjour de trois semaines à Chimkent, capitale administrative de la région Kazakhstan Sud, suite à une proposition que l’Ambassade du Kazakhstan à Paris m’avait faite de me joindre à une mission composée de M. de Montesquiou, sénateur RDSE du Gers, président délégué pour le Kazakhstan du groupe d’amitié parlementaire avec les pays d’Asie Centrale et de M. Repentin, sénateur PS de Savoie. Je représentais dans cet attelage la société civile en ma qualité de président d’une association française d’amitié avec ce vaste territoire encore fort mal connu chez nous.
L’objet de cette mission, en qualité d’observateur indépendant, consistait à examiner la régularité du scrutin.
Il est nécessaire de situer l’environnement politique de cette mission d’observation. Nous étions, en cette fin de l’année 2005, dans l’euphorie de la Révolution Orange et de ses déclinaisons colorées. De puissantes manifestations populaires avaient réussi, en Ukraine, à inverser les résultats des élections truquées par les soins d’un pouvoir autoritaire et nécessairement corrompu. Les républiques nouvellement indépendantes issues de l’ex-URSS conduisant des politiques équilibrées avec la Russie, ancienne puissance coloniale, étaient de ce fait concernées. Par avance stigmatisé, le Kazakhstan était sur la liste. La presse occidentale se faisait déjà l’écho des événements qui ne manqueraient pas d’intervenir durant la période des élections de novembre et, bien évidemment dès le lendemain.
Au Kazakhstan, le sens souhaité du déroulement des événements attendus était particulièrement lisible dans les propos tenus lors de nos rencontres avec certains candidats à Almaty. Les observateurs, pour ces candidats, étaient présents pour témoigner du bourrage des urnes avant même le scrutin. On pouvait aussi comprendre le souci du gouvernement kazakhstanais de s’entourer d’un maximum de garanties en recourant à la présence de nombreux observateurs étrangers pour authentifier l’honnêteté du processus électoral et éviter le cycle infernal de la mise en doute de l’honnêteté du scrutin, en passant par les manifestations de rue et les sit-in, pour finir par le discrédit dans les mass media internationaux.
Il fallait également s’interroger sur le caractère mécaniste d’une analyse qui transposait les conditions spécifiques de la vie politique en Ukraine, produites par les nombreuses divisions historiques du pays, les conflits religieux qui s’en suivirent, à celles d’Etats différents comme le Kazakhstan, n’ayant en commun avec l’Ukraine que la période soviétique. De même, la simplification outrancière des critiques ne résistait pas à un examens de bon sens. Comment mettre sur un plan identique l’exercice du pouvoir par feu Monsieur S. Niazov et celui de Monsieur Nazarbayev ? Le voyageur de bonne foi ne pouvait pas se tromper en visitant successivement, comme ce fut mon cas, Astana puis Achkhabad.
Le scrutin eut lieu. L’élection fut celle d’un maréchal. Mon témoignage d’observateur certifie le respect des règles en usage pour ce genre d’exercice dans les nombreux bureaux de vote visités. Peut-on affirmer qu’une élection a été parfaitement stérile au sens d’une opération conduite dans un laboratoire. On n’est jamais à l’abri d’un excès de zèle intempestif. La jurisprudence de notre Conseil d’Etat me le confirme.
Mais ce qui m’a permis de mieux comprendre la signification de ce succès triomphale, ce sont les nombreuses conversations dans les cuisines, lieu de prédilection pour les échanges sincères du temps de l’Union Soviétique, avec des citoyens kazakhstanais de condition et de nationalité différentes, des riches, des pauvres, des Kazakhs, des Russes, des Tchétchènes, des Ouzbeks, des Coréens, des Arméniens. Tous m’ont dit leur satisfaction de vivre en paix alors que la guerre est à leur frontière, sans affrontement interethnique interne, dans un climat de cohabitation entre les différentes confessions religieuses. Ces résultats sont attribués, à juste titre, à la politique conduite par Monsieur Nazarbayev durant ses mandats précédents. Il faut ajouter les retombées économiques d’une bonne gestion de la rente pétrolière qui, avec 9,5 de croissance annuelle du PIB, fait sentir ses effets dans les différents secteurs de l’économie au bénéfice de l’ensemble de la population.
Est-ce à dire qu’une association comme la nôtre n’a dorénavant plus rien à faire au Kazakhstan ? Non, bien évidemment, à la condition d’abandonner toute attitude compassionnelle. Nous orientons notre action vers une approche régionale visant le développement des échanges entre la Lorraine et la région du Kazakhstan Sud. Ils seront interactifs sur les plans de la culture et du commerce en associant la défense de la francophonie et les efforts de nos entreprises pour s’implanter là-bas. Une initiative est également en cours de réalisation pour rapprocher le secteur hospitalo-universitaire lorrain et le dispositif sanitaire du Kazakhstan Sud dans le domaine de la veille sanitaire.
L’ensemble de ces démarches devra aboutir à une sensibilisation des décideurs politiques régionaux. L’association “les Echanges Lorraine Kazakhstan” aura ainsi accompli son devoir citoyen.