Lettre au directeur de Télérama
Roland Vorobieff
Président
A Monsieur le Directeur
TELERAMA
Paris
Monsieur le Directeur,
Abonné à TELERAMA, l’article intitulé « le Kazakhstan après Borat » paru dans le numéro daté du 6/01/07 m’a consterné.
S’il s’agissait de parachever l’œuvre de calomnie scatologique de Sacha Baron Cohen, l’objectif serait largement atteint, je dirais même, dépassé. En fait, Olivier Pascal-Mousselard a voulu démontrer que la réalité dépasse la fiction à l’occasion de son reportage sur un festival de cinéma récent à Almaty.
En effet un spectateur lambda du film « BORAT » pouvait comprendre que le Kazakhstan montré ainsi était de pacotille. La lecture de la liste de partenaires du film dans les dernières images lui révélait que les extérieurs étaient tournés en Roumanie avec la participation de campagnards tsiganes, le tout sur un fond musical inspiré du compositeur bosno-serbe Koustoritsa. Même ignare, le spectateur se savait très loin de l’Asie Centrale.
Faut il rappeler que dans cet état grand comme 5x la France vit une population de 16 millions d’habitants constituée de 52% de Kazakhs d’origine turco-mongol, de 30% de russes, le reste formé par des citoyens issues des différentes contrées de l’ex URSS. Il est même possible de trouver dans ce lot à dose homéopathique, quelques Moldaves d’origine roumaine.
Mais le photographe de Télérama s’est chargé de rétablir la vérité en nous montrant en gros plan la gueule asiatique, forcément patibulaire, des gardes du corps de Steven Seagal. Dans le genre « Fais moi peur avec le péril jaune » on ne fait pas mieux !
Le journaliste décrit sur le mode grinçant les avatars du festival, la place de l’argent dans le business cinématographique. Doit-on regretter la conversion du Kazakhstan à l’économie de marché ? D’autant plus qu’elle apparaît crédible avec un PIB à 9.5% depuis 5 ans grâce au pétrole.
Je conseille à votre collaborateur de relire la critique de « Kardiogramma » écrite par François Gorin dans votre revue en 1997 et de voir les films de ce cinéaste kazakh, Darejan OMIRBAEV. Il découvrira un auteur sensible décrivant la réalité complexe d’un pays neuf à la culture ancienne confrontée à des mutations rapides. A l’avenir, cela lui évitera d’hurler avec les loups en manifestant un tel acharnement.
Je vous prie d’accepter, Monsieur le Directeur, mes salutations distinguées